images tirées du film Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick |
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L'énergie procurée devient alors un formidable véhicule, elle permet d'élever la fréquence vibratoire, elle devient ce véritable fil conducteur qui remonte en sens inverse de la manifestation tout entière, là où justement l'énergie ne fait plus qu'Un avec la conscience. Mais dans ce jeu, l'on a tendance à ne retenir que les effets pour ne plus jamais en chercher la cause. Si tant est qu'elle ait existé un jour, l'individu perd la sensation du but, le rituel devient une répétition absurde, une simple suffisance. Les bains renouvelés dans l'énergie pure sont pris au même titre qu'une drogue, l'adepte aux sensations fortes se perd et puis s'oublie, il s'est fait rattrapé par ses démons intérieurs. La pratique qui se voulait initiatique, devient une voie de garage, au mieux une complaisance, au pire une perdition sans nom...
Mais revenons à notre jeune amoureux. Voulant trop en faire ou par simple maladresse, il s'est fait démasqué ! Dans le film, comme dans la vraie vie, prendre le sens interdit n'est pas sans quelques risques ! C'est d'ailleurs, le plus souvent à ce niveau d'engagement et de prise de risque que l'on reconnaît un vrai parcours initiatique. S'instruire dans les salons feutrés, ou disserter le plus savamment du monde sur la science secrète de l'Amour, n'a jamais fait avancer sur la voie véritable du Tantra. Si l'on pouvait réduire le système énergétique de la Shakti à une mécanique bien huilée et parfaitement prévisible, ce système se serait depuis longtemps écroulé de lui-même. Il ne serait porteur que d'ennui et de tristes fadaises, autant dire qu'il ne pourait figurer la création toute entière et l'incommensurable souveraineté de l'être universel.
Selon le tantrisme, l'expérience et les épreuves de la vie comptent autant que l'enseignement, fut-il aussi pertinent qu'empli de grande sagesse. La vie dit-on apprend à la vie.... Dans cette même idée, il faut écouter les propos de ce vieux capitaine de chalutier qui déclarait avec une grande conviction avoir forgé sa foi lors de ses fortunes de mer. Qui a survécu, disait-il, grâce à de tels phénomènes, ne peut s'empêcher de croire à un ordre supérieur qui nous dépasse ! Cet homme simple et bourru, n'avait jamais suivi aucun enseignement traditionnel, pourtant sa foi est devenue inébranlable, son échelle des valeurs mène désormais au plus haut. Et comme pour en témoigner, il chemine encore une fois sur cette ascension, en direction de la chapelle où trône son ex-voto. Il se voue depuis, sans compter, à la vénération de tous les saints du panthéon céleste... Mais voilà notre jeune héros mis au banc des accusés ! L'assemblée des notables ne plaisante pas avec ce genre de trahison, elle n'aime pas se montrer sous son vrai visage, elle veut donner le change de la respectabilité et l'image d'une parfaite h o n o r a b i l i t é. Mais le jeune homme a le coeur pur ! Face à ses juges, il n'hésite pas à se dévoiler. Contrairement à eux, il n'est pas hypocrite, il est venu ici avec l'espoir, il s'est simplement laissé emporter par sa fougue et son impulsivité. Pourtant la sentence tombe : ce sera la peine capitale !
Kubrick nous délivre ainsi une leçon de vie. Il nous montre le contraste entre le calcul et la spontanéité, entre le mensonge et la vérité, celui encore du véritable élan du coeur face à l'exercice de la duplicité. Sous les masques se cachent toutes nos lâchetés et toutes nos compromissions, ces caches-misère sont tout autant notre incapacité à nous montrer tel que nous sommes, que de notre défiance à y regarder à l'intérieur. Pourtant le contenu de cette réalité emplit toute notre vie, motive tous nos actes, plus encore cette intimité est sans conteste, celle de nos fantasmes et de nos envies les plus secrètes. Prenons par exemple certaines destinations de vacances sur le bord de la mer Méditerranée. Sur cette planète, elles ressemblent incontestablement à ce genre de rituels fantasmatiques. À bien des égards cette réputation n'est pas surfaite, bien au contraire, l'on comprend mieux pourquoi des stars et des personnalités richissimes tiennent à y posséder leur petit pied à terre ou encore quelques arpents de ponton dans ses ports de plaisance les plus réputés. Ils y affichent volontiers tout le stupre de leurs envies de débauche et toute la gouverne de leurs fantasmes les plus déliquescents.
Dans les boîtes de nuit de la côte, à Saint-Tropez, à Ibiza, à Hammamet ou à Bonifacio et j'en oublie par ailleurs, souffle le vent de la folie d'une fête démesurée qui ne se finit jamais. Les hommes célèbres et les riches héritiers, les artistes connus et les starlettes de cinéma, les nouveaux riches et les têtes couronnées ont beau s'ingénier à changer le décor de leurs rêves, à se parquer dans des endroits protégés, à s'oxygéner sur les ponts de navires en goguette, ils nous démontrent toutes et tous une seule et même nature humaine, une seule et même toile de fond, une seule et même projection. À l'image d'une humanité en détresse, il leur faut sacrifier à des excès passagers et des désirs charnels époustouflés, il leur faut s'exécuter devant la fin annoncée, s'empresser de consommer le péché, expédier la faute au plus pressé, désorganiser leur emploi du temps devenu trop chargé, revisiter les rues flamboyantes, retrouver la richesse des civilisations perdues, enfin mourir un peu sous la tenaille gourmande de la canaillerie et de la subversion réunies. Mais nous nous égarons ...
Nul doute, Stanley Kubrick y puisait abondamment !
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