De l'usage des drogues dans le tantrisme |
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Beaucoup des usagés des drogues dures, au départ, ne se méfient pas assez, ils croient rester maîtres de la situation, ils se mentent aussi à eux-mêmes sur le compte exact des doses et des proportions ou se promettent d'arrêter bientôt, mais dans les faits la drogue ne les lâche plus.
Il y a ainsi des différences importantes entre les drogues dites douces et les drogues dites dures. Avec le cannabis le principe actif reste présent dans le corps pendant plusieurs semaines, voire en quantités infinitésimales pendant plusieurs mois, mais une fois que vous avez passé 48h, vous arrivez facilement à oublier tout usage. Il suffit d'avoir d'autres occupations et de ne plus fréquenter les personnes qui seraient susceptibles de vous y faire reprendre goût. C'est très étonnant, vous pouvez ainsi vous adonner à la "fumette" pendant des années et vous arrêter complètement d'un seul coup sans aucun problème véritable. Il est par exemple beaucoup plus facile d'arrêter de fumer du cannabis que du tabac. C'est carrément le jour et la nuit, il n'y a même pas de comparaison possible. Cette frontière entre drogues douces et drogues dures n'est pas fictive, elle est réelle, et finalement peu de gens la franchissent, car chacun au fond de soi, sent bien qu'il s'agit de tout autre chose. Il vaut bien mieux ne jamais y toucher ou seulement pour les caractères bien trempés s'y essayer une fois ou deux, histoire de voir, mais dans tous les cas, au bout du compte, l'équation est toujours celle-ci : drogue dure = mort ou folie.
"J'omettrai bien volontiers, l'habituelle litanie des méfaits de l'héroïne ainsi que l'énumération trop convenue des clichés immanquablement associés à sa consommation abusive, si je n'avais pas gardé tout de même cette rancœur et ce grand regret d'avoir vu plonger dans cette fine poudre blanche tant de jeunes gens innocents dont la vie s'est perdue au fil des déplis et des replis de petits paquets." "Et pourtant, même en gardant encore le goût de cette amertume dans la bouche, devant tant de déchéances et surtout de si grandes inconséquences, à vrai dire, il n'y a plus de mot suffisant, plus aucun phrasé digne d'une si piètre représentation. Seuls existent, peut-être, quelques onomatopées et autres néologismes surréalistes qui peuvent encore en témoigner ..."
" ...Kamékaze, Secte apocalyptique du temple lunaire, Naufrage dans l'océan trouble de Morphée, Promotion trépassée de cadavres ambitieux, Vertige hypnotique du sacre tentaculaire, Romance d'une narcose épidermique, Oiseau de malheur de la tyrannie avancée, Obnubilation marathonienne pour infusion céleste, Révérence fallacieuse à la vie rêvée, Laxisme, Empire et Décadence... Cette chute semblait pourtant si prévisible et si facile à contourner, qu'il aurait fallu juste une bonne décision, juste une reprise en main salutaire de son destin. Mais je compris plus tard, que ce n'était pas l'envie ni la force de s'en saisir qui manquaient mais plus sûrement l'absence d'idée de ce qu'il fallait justement obtenir, car si l'on tenait bien une aiguille d'une main l'on ne savait que faire avec l'autre de toute la botte de foin. L'aveuglement de ce que l'on cherchait à tâtons, le défaut d'imagination à quoi l'on pouvait bien se raccrocher, au-delà même des difficultés passagères et si réputées du sevrage, constituaient le véritable piège, le véritable manque. Cette absence et cette insuffisance se présentaient sous la forme de sables émouvants dans lesquels ces jeunes gens gesticulaient pour essayer de reprendre pied, mais malheureusement cette agitation impropre, ces débattements de piston de seringue infectée, ces efforts inavouables et si désespérés, finissaient par les emmener aussi sûrement que promptement dans un trou sans fond. Ce grand aboutissement était aussi noir que pouvait l'être la blancheur du petit véhicule qu'ils s'inoculaient et c'est ainsi que fut joué pour cette génération, un spectacle d'une si cruelle dualité : ombres et lumières, nuits et brouillards, frissons extatiques et angoisses abyssales, selon la mise en scène d'un abîme leur renvoyant, tel un miroir déformant, l'évanescence d'une réalité progressant à grandes infections, vers une pleine, entière et totale pourriture."
Dans les années 70, beaucoup de jeunes gens ont pris la route vers l'Inde et y ont fait l'expérience ininterrompue des psychotropes. Ils étaient en quête de vérité, ils voulaient connaître l'Absolu. Ils avaient l'intuition du pur Sujet, ils voulaient le saisir et s'immerger en Lui. C'était bien Lui qui les conduisait sur ce chemin improbable et c'était bien Lui qui avait la clé de ce champ laissé libre. En vérité, ce désir ressenti à fleur de peau par tous ces jeunes gens, était Sa véritable motivation, leur volonté en était Sa pleine liberté et leurs actes constituaient toutes Ses offrandes. Mais la plupart du temps, tous ces sacrifices étaient accomplis inconsciemment de façon instinctive et innée. Quelle était cette attirance ? Quels étaient ces désirs ? Quelle était cette dépendance ? Autant de questions auxquelles ils ne savaient pas vraiment répondre.
Après toutes les expériences de ces années et de bien d'autres encore, toutes aussi fortes, beacucoup ont été emportés par la folie ou par le Sida ou encore par d'autres maux tout aussi terribles. Heureusement beaucoup ont suvécu, et ce qui ne tue pas, dit-on, rend plus fort. C'est ainsi que certains qui cheminaient dans cette quête comme en poursuivant leur ombre, se sont arrêtés, un jour, sur cette route qui n'avait pas de fin, ils ont alors compris que cette ombre n'était autre qu'eux-même. Le point d'arrivée se confondit soudainement avec le point de départ, il n'y avait plus nul part où aller, partout aussi loin que porta leur regard, ils ne virent que leur propre personne. Quelque uns seulement, des rescapés de la drogue, ont découvert soudainement, avec stupéfaction et grande luicidité, la pure subjectivité de l'être et de tout l'univers. Cette dernière sensation est la plus forte de toutes les drogues, elle dépasse de loin tous les artifices de tous les psychotropes. Il existe d'ailleurs certaines similitudes des drogues avec les effets si prodigieusement procurés par ce nectar d'ambroisie céleste. Mais toutes les drogues réunies, seraient-ce les plus fortes, restent des liqueurs bien aigrelettes en comparaison de la force et la puissance d'Amour incommensurable qui accompagne la découverte du pur Sujet. Lorsque ce nectar s'écoule en vous, il n'est pas le produit d'une chimie fictive et bien pauvre de ces pratiques fastidieuses, au contraire, il s'écoule depuis la vie même et procure une ivresse naturelle d'une émotion insondable. Cette ivresse est d'autant plus extatique qu'à l'inverse des drogues, elle n'a aucune limite ni dans le temps ni dans l'espace. Il existe des poèmes de celles et de ceux "qui se sont unis à eux-mêmes" et qui se sont abreuvés à cette source, ils y ont étanché toutes leurs soifs et y ont volontiers comblé tous leurs manques. Ces écrits sont de loin les plus beaux de toute la littérature humaine. Ils font comprendre combien cette ivresse est forte, pleine et entière lorsqu'elle s'empare de la totalité de l'être.
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